Madagascar : Un haut-lieu de l’artisanat sur la carte du monde

L’île rouge est une source d’inspiration pour les visionnaires autour du globe. Un intérêt qui puise notamment dans l’industrie créative du pays, qui est aujourd’hui un pilier économique en plein essor générant plus de deux millions d’emplois et assurant 8 % du PIB national.

Le plus souvent, ces entreprises créatives sont orientées vers le textile et affiliées à des ONG.

« Les gens que je rencontre dans les foires internationales associent généralement l’artisanat malgache à une qualité exceptionnelle et à des pratiques éthiques », affirme Shirley Dalais de Karina International, une entreprise mauricienne spécialisée dans la confection de vêtements pour femmes et enfants, opérant à Madagascar depuis 1999.

Karina met à la disposition de ses employés une cantine, une chambre spéciale pour les ouvrières qui allaitent et des soins médicaux gratuits. Au-delà des besoins physiques de son personnel, Shirley s’attache à donner à la culture malgache une place d’honneur dans sa ligne de vêtements pour enfants, baptisée Tia & Aïna (Amour et Vie en malgache). Pourvue de broderies et de dentelles en filigrane, chaque pièce exalte le savoir-faire local et ses collections racontent toute une histoire – celle des aventures de Tia et d’Aïna, d’un bout à l’autre de la Grande Ile.

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Les histoires de réussite sont légion : il suffit d’une simple recherche sur Internet pour s’en rendre compte. Lancé en 2014 par l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI), Tsara en est un exemple. Projet innovant dont le but est d’initier les femmes en milieu rural au commerce durable, Tsara emploie actuellement plus d’un millier de femmes et a développé son propre programme de maîtrise. La sécurité qu’offre ce type d’organisations internationales est double : elle permet aux artisans de mieux se prémunir contre la contrebande et procure un gagne-pain aux femmes de la campagne qui, selon la coutume, n’ont pas droit à la propriété foncière. Exerçant leurs mains habiles à la broderie et à l’artisanat, ces dernières peuvent vivre décemment de leurs créations. Une autre belle histoire mêlant textile, émancipation et préservation de l’environnement est celle de SEPALI, l’association des ouvriers malgaches de la soie. En partenariat avec l’organisation américaine Conservation through Poverty Alleviation, plus connue sous le sigle CPALI, l’ONG locale vise à aider les agriculteurs à produire de la soie artisanale à partir de papillons endémiques. Elle est active dans l’aire protégée de Makira. Les communautés limitrophes de ce parc national s’étant appauvries du fait des restrictions de chasse dans la zone protégée, SEPALI/CPALI travaille à assurer un revenu de 60 à 200 dollars par habitant par le biais de la culture de soie durable. Ainsi, les habitants prennent soin des vers à soie, plantent les arbres hôtes, fabriquent la soie et se nourrissent des cocons riches en protéines. Au vu de l’engouement croissant pour la soie sauvage de Madagascar sur le marché mondial, SEPALI est promis à un bel avenir.

Dans les grandes villes d’Europe et d’Amérique, où se tiennent régulièrement des foires dédiées à l’art et l’artisanat indigènes, les artisans malgaches ont su capter l’attention. Dans un article du New York Times paru cette année, Marie Alexandrine Rasoanantenaina fait valoir ses superbes paniers et tapis en tige de vétiver, qui avaient largement séduit au International Folk Art Market. Enfant, Marie Alexandrine fabriquait des sous-vêtements à partir des chutes de tissu que lui laissait sa grand-mère. Aujourd’hui, elle met à profit la flore malgache dans la panoplie de tapis, de couvertures, de paniers et de sacs qu’elle confectionne. Elle a fondé sa propre entreprise, composée d’une trentaine d’employées, ainsi qu’une ONG visant à promouvoir l’artisanat local. Un brillant exemple, parmi tant d’autres, de l’excellence malgache !

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Tourisme éthique à Madagascar

Commencez par vous rendre dans un de ces commerces familiaux, comme celui de Miniature Mamy à Antsirabe. Gérée par M. et Mme Rajamason, cette boutique propose de petites sculptures en matériaux recyclés ou en corne de zébu. Ces deux types de production sont le reflet direct de la réalité économique à Madagascar. D’une part, le recyclage est crucial dans la Grande Île (même s’il n’existe à ce jour aucune industrie de recyclage à proprement parler), car l’importation de matériaux neufs coûte cher. D’autre part, si le zébu est surtout élevé pour sa viande, toutes les parties de l’animal peuvent servir : une fois extraite de la chair, la corne est transformée en fertilisant, en nourriture à bestiaux ou en poudre médicinale.

Poursuivez votre voyage à travers différents villages. À une centaine de kilomètres au sud d’Antsirabe, vous découvrirez Ambositra et sa population de 25 000 Zafimaniry, un peuple dont le savoir-faire du travail du bois est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Les mains des Zafimaniry produisent de véritables trésors en bois, aux motifs géométriques rappelant les rôles des membres de la communauté, ainsi que les influences arabes et austronésiennes de cette ethnie. Ils utilisent vingt différentes essences d’arbres endémiques, attribuant un usage spécifique à chaque bois. Habitations et tombeaux y sont entièrement construits par assemblage à tenon et mortaise, sans l’ombre d’un clou ni de raccord métallique.

Dans les villes de Betioky et d’Ampanihy, vous ferez la connaissance des Mahafaly, connus pour leurs tombeaux en pierres de couleur et leurs poteaux en bois sculptés. Située au Centre-Sud de l’île, la communauté des Betsileo est, quant à elle, spécialiste des linges décoratifs finement tissés dans du raphia et des chapeaux de paille multicolores. Répartis entre Manakara et Farafangana, les Antemoro ont longtemps été les seuls à savoir écrire et les premiers à transcrire la langue malgache. Ils utilisent l’écorce des mûriers sauvages pour fabriquer du papier. Ne repartez pas sans l’un de leurs magnifiques signets en écorce et en fleurs pressées. Ampanihy est une étape incontournable, où vous vous émerveillerez devant les tapis en mohair fabriqués à la main, qui ne comptent pas moins de 70 000 nœuds au m2.

En souvenir de votre visite, vous souhaiterez certainement ramener une nappe traditionnelle de Madagascar. Gardez en mémoire l’histoire et les efforts qui ont donné naissance à ce précieux morceau de tissu. Coton, raphia et soie de qualité ont été – et sont encore – les pierres angulaires de l’identité socio-ethnique de Madagascar. Le textile joue un rôle important dans les coutumes politiques et les croyances métaphysiques. Partout, des étoffes sont offertes aux dirigeants, aux ancêtres et aux esprits en échange de leur bénédiction – comme une manifestation physique du hasina, cette puissance sacrée qui renforce les liens humains. Ce tissu que vous tenez entre les mains, c’est un morceau d’histoire.

 

Par Alexandra Isaacs