Et après ? Les visages de la résilience

Ils se prénomment Genaro, Laura, Natasha, Rachel ou Stephania. Leur point commun ? Vivre sur la côte sud-est et faire face à une double calamité – la marée noire du Wakashio et  l’année blanche du tourisme. Pour la surmonter, ils se sont mis en mouvement. Ces éclaireurs d’avenir étonnent par leur énergie, leur courage, leur ingéniosité. Et donnent envie d’agir.

Laura, Instagrameuse au grand coeur

« Les médias sont partis, mais la solidarité est restée ». Laura Morosoli la cultive au quotidien à travers la distribution de packs alimentaires et produits d’hygiène.

« S’entraider, je ne connais pas de meilleur antidote à nos vulnérabilités », confie-t-elle.

Laura a fait de ses passions ses métiers : peintre, photographe et influenceuse. Mais depuis mi-mars, les galères s’enchaînent : « Tout s’est arrêté avec la fermeture des frontières. La  marée noire a été la deuxième lame ». La plus tranchante, face aux espoirs de reprise. Alors, fin août, elle met son profil Instagram au service de l’aide alimentaire. L’objectif :  récupérer des denrées pour les familles de la région les plus impactées. « On a réussi à mobiliser des supermarchés et des entreprises. Les dons ont afflué, il nous a fallu trouver un local ». Va pour « le studio d’une pote »… aussitôt transformé en banque alimentaire de fortune !

« Trier les dons, les conditionner, recenser les bénéficiaires, les livrer : c’est du travail ! », explique Laura. « Toute une logistique s’est instaurée. » Résultat : ces trois derniers mois, pas moins de « quinze tonnes de nourriture ont été distribuées à 120 familles ». Laura y voit au moins une bonne nouvelle : « Même si l’avenir est plus qu’incertain, le partage reste une valeur forte chez les Mauriciens ».

Luxury Indian Ocean Et apres collecte
Crédit photo : © Laura Morosoli
Genaro, le patron devenu « cleaner » de mangrove

Il y a quelques temps encore, les speedboats de Genaro Bhuttoo tournaient à plein régime. Depuis le confinement, le carnet de commandes d’Angel Cruises, à Grand Port, est vide. En août, le naufrage. Genaro met bénévolement sa science du lagon au service des opérations de nettoyage. Et puis… le vide :

« Je n’en pouvais plus de rester à la maison, sans rien faire. Les dépenses, les dettes, je ne m’en sortais plus. »

Mi-septembre, il frappe à la porte de Polyeco, la société grecque chargée de dépolluer la côte sud-est. « Ils m’ont dit : ‘Tu commences demain à 7h’ ». Depuis, Genaro astique au Kärcher la mangrove et les roches de Rivière des Créoles. Un travail « difficile, mais nécessaire ».

« C’est quatre à cinq fois moins que ce que je gagnais avant. Et précaire : ils peuvent me remercier demain », lâche-t-il. « Mais c’est un travail important. Je dirige une équipe de quatre personnes qui, 9h par jour, répare une nature malmenée ».

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Luxury Indian Ocean Et apres travail
Natasha joue la carte du collectif

« Les photos du lagon pollué ont fait le tour du monde. Mais on ne voit aucune image de l’impact social, tout aussi dévastateur », analyse Natasha Magraja, 44 ans. Propriétaire du craft shop I Love Mahebourg, cette année, elle n’a « travaillé qu’un mois ». Bien trop peu.

Résignée ? Jamais. Pour maintenir son village en vie, Natasha a donné un nouveau souffle à Mahebourg Otantik, le collectif informel créé en 2018.

« Après le Wakashio, le collectif a ressenti le besoin de grandir. On a décidé de nous structurer en association, avec un projet plus consistant, pour agir vraiment, proposer des solutions »,explique-t-elle.

Ce nouveau projet tient en un mot : rebondir. En misant en priorité sur la formation, la culture et le développement durable. Aujourd’hui, Mahebourg Otantik est porté par une quarantaine de personnes, « toutes liées par l’amour de leur village ». Natasha en est convaincue : « Cet amour peut soulever des montagnes. »

Rachel plante une forêt comestible

Tout commence il y a dix ans à Riche-en-Eau. Rachel Ng est « aspirée par un appel de la terre ». Elle transforme en verger un champ de canne hérité de son père.

Patiemment, elle reboise une petite parcelle en diversifiant les espèces. Aujourd’hui voisinent cocotiers, litchiers, manguiers, oliviers et agrumes. L’histoire aurait pu s’arrêter là sans la double crise de la Covid-19 et du Wakashio.

« C’est difficile pour tous, élague Rachel. « Se reconnecter à la terre est devenu une nécessité ».

Aujourd’hui, son ambition est de « créer une forêt comestible » largement ouverte aux habitants de la région. Un projet synonyme « d’échanges d’expériences » et de « permaculture en circuit court », de la fourche à la fourchette. Une graine vient de germer. C’était lors d’une journée « forêt ouverte » en novembre, où chacun était invité à découvrir le site et à mettre en terre les premiers plants.

« Développer une agriculture régénératrice, soucieuse de la terre et des humains ; c’est l’idée », résume Rachel. Une idée qui bourgeonne déjà. « Quand un arbre tombe on l’entend ; quand la forêt pousse, pas un bruit », dit un proverbe africain…

Stephania, vaincre la pauvreté à plate couture

Elle a le sourire facile et énergique. Stephania, femme de ménage le jour, gardienne la nuit, vit sous le seuil de pauvreté. Cette jeune maman de deux enfants bataille pour faire mentir l’adage : lors d’une crise, les plus fragiles et les plus démunis sont les plus exposés.

Accompagnée par Lovebridge, une ONG qui promeut l’empowerment, Stephania s’essaie à la vente à domicile. Son business model est aussi simple qu’efficace : « J’achète des produits ménagers à l’usine, je les revends sur Facebook ou en porte-à-porte. Ça met du beurre dans les épinards ». Et des fruits dans la lunch box des enfants. Mais elle voit plus loin.

« Mon rêve serait de monter un petit atelier de couture ».

Son instinct lui glisse que c’est le moment de se lancer : « Li vinn enn obsesyon, tou lezour li rest dan mo latet ! » Alors, Stephania a décidé de passer à l’action : « Aide-toi et le ciel t’aidera, moi j’y crois ». Le réparateur de sa machine à coudre, peut-être moins. Après de longs mois, il n’a toujours pas identifié la panne.

stephania Luxury Indian Ocean Et Apres
Crédit photo : © IF
Et apres Luxury Indian Ocean

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Laura
Les produits les plus recherchés : riz, pâtes, farine, sel, sucre, huile, thé, lait en poudre, fromage, légumes secs, conserves, biscuits, savon.
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Stephania
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Par Fabrice Acquilina