« La blockchain va devenir incontournable »

Elles font krach, boom, mue… Malgré douze ans d’existence et un storytelling planétaire, les monnaies numériques ne cessent d’intriguer. Décryptage avec Olivier Sayegh, cofondateur du Mauritius Crypto Club et trader indépendant au crypto-enthousiasme débordant.

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Vous vous décrivez comme un « crypto-enthousiaste ». Qu’estce que la monnaie numérique a de si joyeux ?

Une monnaie en soi n’a rien de bien excitant. Ce qui l’est, c’est la technologie utilisée, la blockchain. C’est une innovation majeure qui va bouleverser nos vies aussi profondément que l’a fait Internet. Le Bitcoin n’est que la partie immergée de cette révolution.

Une « révolution » encore bien mystérieuse pour le grand public…

Comprendre en détail le fonctionnement de la blockchain n’est pas nécessaire pour ses utilisateurs. De même qu’il n’est pas utile de comprendre le fonctionnement d’un ordinateur pour pouvoir s’en servir, l’important est surtout de comprendre ce que la blockchain permet de faire : échanger notamment de la valeur sans dépendre d’un intermédiaire, et cela de manière instantanée, transparente, infalsifiable et à faible coût. C’est une révolution de la transaction. Comme l’a bien expliqué un mathématicien, il faut s’imaginer un grand livre comptable, que tout le monde peut lire gratuitement, sur lequel tout le monde peut écrire, mais qui est  mpossible à effacer et indestructible, parce que le livre est partagé et décentralisé.

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Pourquoi un entrepreneur a intérêt à investir dans la blockchain ?

Aucun entrepreneur ne veut passer à côté de la rentabilité et de l’efficacité. Les applications de la blockchain vont bien au-delà du Bitcoin et de la finance. Toutes les activités nécessitant des procédures d’authentification, de traçabilité et de certification sont potentiellement concernées. De la santé aux produits de luxe, en passant par l’automobile et l’énergie, les possibilités sont infinies. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère, la blockchain sera demain incontournable. Elle va se retrouver  au coeur de nos smartphones, de nos entreprises et de nos vies.

Les cryptomonnaies donnent aussi des opportunités considérables à tout un tas d’utilisateurs véreux…

Une technologie naissante a forcément ses travers et les crypto-monnaies ne sont pas exemptes de tout reproche. D’où l’importance de les réglementer. Il ne faut ni idéaliser ni diaboliser. Faire l’amalgame entre le Bitcoin et les transactions illicites, c’est comme si l’on réduisait les réseaux sociaux aux réseaux pédophiles.

Comment la région pourrait-elle profiter des potentiels de la blockchain ?

Un cadre juridique est nécessaire. Toute la difficulté réside dans le point d’équilibre, car il faut jouer sur deux fronts à la fois : d’une part, protéger les utilisateurs contre les abus ; d’autre part, promouvoir l’innovation et profiter d’opportunités prometteuses.

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Concrètement, où en est-on ?

Maurice et les îles voisines adoptent une politique très prudente à l’égard des crypto-actifs. Acheter du Bitcoin n’est pas simple et les moyens de paiement sont inexistants. Mais ce n’est pas propre à la région, l’Asie et le continent américain restent leaders dans ce domaine. En Afrique, il y a beaucoup d’annonces mais très peu de développements concrets. À deux exceptions près, la Tanzanie et surtout l’Ethiopie, qui compte sur la blockchain dans le secteur de l’éducation.

Pourquoi est-ce si lent ?

La monnaie a toujours été un enjeu de pouvoir et de souveraineté pour les Etats. Le Bitcoin est une monnaie décentralisée, affranchie de toute autorité. Elle est participative, chacun peut intervenir pour améliorer son code. C’est une dénationalisation de l’argent : le pouvoir est remis aux mains des citoyens. Et à la différence des monnaies classiques, le Bitcoin est limité à 21 millions d’unités, ce qui freine la création monétaire. Tout cela suscite de fortes appréhensions.

Y voyez- vous un nouvel or numérique ?

On a tendance à comparer le Bitcoin à l’or ; je dirais que le Bitcoin c’est de l’or en plus pratique. C’est transportable et les problèmes d’authenticité ne se posent pas.
Au-delà des monnaies numériques, une autre révolution se joue : celle de la finance décentralisée. Cet écosystème alternatif pèse déjà 140 milliards de dollars, douze fois le PIB de Maurice. Et ce n’est que le commencement.

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Le Salvador vient d’adopter le Bitcoin comme monnaie légale, à côté du dollar américain. Quel regard portez-vous sur ce choix ?

C’est une première pour un État, une sorte de crash test. Payer son pain, ses légumes ou ses impôts en Bitcoin est désormais possible dans ce pays. S’il est trop tôt  pour en tirer des conclusions, cette décision reflète une tendance de fond : la remise en question du dollar comme principale monnaie de réserve et d’échanges. Le Bitcoin saura-t-il en tirer parti ? Je l’espère !

Par Fabrice Acquilina